Quoi, Ibrahim tu veux nous parler d’égo ? Mais ça ne serait pas super prétentieux, franchement le tien doit être surdimensionné !
À ce jour, dans mon domaine, j’ai pu entendre de tout concernant l’égo et souvent plein de paradoxes voire de non-sens à mon avis. Cela peut même devenir un sujet de discorde, de dispute et de prétention. Certains de ceux qui défendent le fait de devoir le faire disparaître sont eux-mêmes ceux qui en font le plus usage. Et d’autres qui prônent d’y avoir recours plus souvent, s’en serve pas suffisent. Plein de paradoxes je vous dis !
Avant de se demander si c’est quelque chose de bon ou de négatif, savoir ce que c’est et à quoi ça sert.
L’égo est la représentation et la conscience que l’on a de nous même ainsi il permet de déterminer et de fixer nos limites. Il nous permet de nous positionner par rapport au monde extérieur, nous permettant d’interagir avec les autres de façon saine et respectueuse. Tout cela, bien sûr, s’applique dans un fonctionnement idéal, lorsque l’égo fonctionne en harmonie avec le reste de notre être, qu’il est à sa juste place et ne nous domine ou contrôle pas.
Lorsque la disharmonie s’installe et que l’égo prend le dessus alors notre besoin de dominer l’autre, d’avoir raison, de devoir convaincre prend place. Nos rapports sont alors de nature plus belliqueuse, guerrière, de dominant-dominé. Les échanges ne sont plus horizontaux, où chacun peut s’exprimer fluidement et ainsi pouvoir évoluer et grandir ensemble. Nous nous retranchons dans nos convictions, fermons notre discours et la discussion peut alors prendre des allures de débat.
De l’autre coté si notre ego s’efface trop ou presque complètement, nous perdons de vue qui nous sommes, nous devenons totalement influençables. Notre opinion perd sa valeur, notre intégrité est en péril puisque nos limites ne sont plus respectées.
James Redfield dans son livre “La prophétie des Andes” explique assez bien ce phénomène au travers de diverses révélations qui viendraient de temps immémorial. Elles sont au nombre de 9 et c’est la quatrième qui nous intéresse tout particulièrement, en voici le résumé :
“La quatrième révélation explique que les êtres humains se sont souvent coupés eux-mêmes d’une connexion intérieure avec cette énergie mystique (énergie universelle). Le résultat est que nous avons eu tendance à nous sentir faibles et peu sûrs de nous-mêmes, et que nous avons souvent cherché à récupérer des forces en nous procurant de l’énergie auprès d’autres êtres humains. Nous le faisons en cherchant à manipuler ou à absorber l’attention de l’autre. Si nous pouvons forcer son attention, alors nous sentons qu’il nous donne du tonus, nous rend plus forts grâce à son énergie, mais évidemment cela l’affaiblit. Souvent les autres réagissent contre cette usurpation de leur force, créant ainsi une lutte de pouvoir. Tous les conflits en ce monde proviennent de cette bataille pour l’énergie humaine.”
C’est une autre façon intéressante de constater l’influence de notre égo et des répercussions qu’il a sur notre entourage et dans nos relations. Plus loin dans le livre il nous montrera des exemples de relations basées sur l’échange d’énergie et non plus sur le “vol” et comment cela peut enrichir chaque être et créer des relations bien plus harmonieuses.”
L’égo va de pair avec une certaine forme de confiance, en soi et dans les autres. Un exemple simple qui me concerne assez directement en tant qu’indépendant : vouloir tout gérer et faire seul. Je parle ici du travail, car c’est souvent là que c’est le plus visible, mais cela est aussi vrai dans les autres aspects de nos vies. En tant qu’indépendant, nous sommes souvent tenus d’avoir plusieurs casquettes : thérapeute, comptable, secrétaire, webmaster, concierge, etc. cela fait partie de la fonction, du moins c’est ce que l’on pense, la question financière aussi souvent invoquée pour justifier ce multitasking. Mais sous prétexte d’économie, nous perdons peut-être du temps; sous la croyance de devoir assumer tous les rôles en tant qu’indépendant se cache aussi une phrase que j’ai entendu bien souvent “mais personne ne peut le faire à ma façon alors autant le faire moi-même”. Mais peut-être que leurs façons sont meilleures que la mienne, que ces compétences-là je ne les ai pas (quelles qu’elles soient). Alors, pourquoi ne pas s’entourer de celles et ceux qui savent faire et qui ont les compétences que nous n’avons pas, ainsi je pourrais me consacrer plus pleinement à ce que j’aime faire et ce que je sais faire.
Comprends-moi bien, je ne suis pas, ici, en train de dire qu’il faut faire uniquement ce que l’on sait faire et ne pas s’intéresser au reste. Cela reviendrait à te dire de rester dans ta zone de confort ce qui n’est vraiment pas mon discours, loin de là. Ce que je propose c’est de faire appel à une intelligence collective, car cet ego qui nous pousse certaines fois à vouloir tout faire seul, bien souvent va de fait nous isoler. En restant dans mon coin à refuser d’admettre ce que j’ignore et persister à vouloir me débrouiller seul, je rate des opportunités de rencontrer des gens qui sauront m’apporter leur aide et moi la mienne et nous pourrons apprendre de chacun. Et personnellement je n’apprends jamais aussi bien que lorsque c’est transmis au contact d’un autre qui remet en question ma façon de penser.
En somme, l’ego sert de point de repère à notre expérience terrestre, comme un phare ou une boussole nous permettant de garder un cap qui nous assure un voyage sain. Nous voyons ici les problèmes que peut poser le concept visant à devoir “détruire l’égo”, chose que j’ai souvent entendue en stage de méditation et développement personnel. Je ferai le parallèle entre l’enracinement et l’égo, pour pouvoir méditer correctement il nous faut être ancrés, mais également garder une certaine conscience de nous afin de ne pas nous perdre. Atteindre l’illumination ou la conscience du Tout ne se fait pas au détriment de qui nous sommes. Nous ressortons immanquablement transformés de ces expériences, mais pour autant, nous conservons notre conscience de nous-mêmes…